L'atelier

L'atelier à géométrie variable

 

De la binoculaire au poste à souder, tout doit être rangé.

Place à l'opération du moment.

Espaces fugitifs, bureau, établi, tables à roulettes, placards, four, trousse à micro outils, boîte à gros outils, stocks de gros, stock de petit, résines, plastiques, ferraille, poils de chèvre, poils synthétiques, soie de sanglier, moules à thermoformage, peintures, teintures, studio photo, studio macro photostéréo, loupes, etc…

Un extrait d'une conversation téléphonique avec un de mes fournisseurs : "Allo Marie ?- Oui c'est moi - je voudrais voir tes poils. - Il faudrait venir voir - Tu ne peux pas m'envoyer un échantillon ? Au fait, tes poils, ils sont raides ou frisés - (fou rire ) frisés ! - Ah, ça ne m'arrange pas. Les poils de chèvre sont toujours frisés ?…"


Regardez, il n'y a rien à voir !

C'est incroyable, un insecte. On marche dessus, on le chasse avec une tapette ou un filet, on se fait piquer, parfois. Mais quand on le regarde de près , nous voilà pongé dans le fantastique. Comme on dit, la réalité dépasse toujours la fiction !

Réaliser une maquette agrandie de ces bestioles, c'est d'abord une observation minutieuse, épaulée par quelques connaissances morphologiques qui vous permettent de repérer les détails importants. Sinon, on est perdu, fasciné par la beauté complexe de ces monstres.

Au préalable, c'est donc la recherche documentaire qui me prend pas mal de temps. Je ne peux pas toujours cueillir un spécimen, comme ça, dans mon jardin. Surtout qu'on me demande en général une espèce endémique, protégée, donc sacrée ! Le plus difficile, c'est d'avoir des photos de tous les côtés, y compris dessous ! Une maquette, elle est entière. Et je ne veux pas inventer quelques aspects que la nature a elle-même imaginés avec tant de soin. Parfois je dois me résoudre à interpoler avec une espèce voisine. Et hop, sous la binoculaire. Pattes en l'air, portrait face profil, plongée, contre plongée, abdomen, repérer thorax, protorax, sexe, dare, antennes, bouts d'antennes, ailes, racine des ailes, les yeux !, les ocelles, etc… Ah monde complexe !

 

Ensuite, il me faut choisir la technique adaptée à la bête …

 

Un exemple tout bête : Pour la Mante religieuse, qui fait dans ses deux mètres vingt de haut, il a fallu une armature solide, en métal soudé, et il fallait qu'elle soit démontable ! Pour l'éphémère, en tant qu'objet ludique, un bidon de lessive et quelques pots de yaourt …

ephemere.detail01

Cette éphémère a été réalisée pour le théâtre. Bidon de lessive, balles de ping pong, etc…

 

Dans le métier de la maquette professionnelle, la résine et le moule sont rois. Mais pour réaliser un insecte, comptez bien : il faudrait faire 28 moules (soit 56 demi moules ), plus 2x4 moules pour les ailes. Le tout pour un seul modèle. Le maquettiste d'insecte doit s'y prendre autrement, s'il veut travailler à un coût raisonnable. J'utilise donc la technique de la sculpture - qu'il faudrait faire de toutes façons. Autrement dit, chaque pièce est unique. L'intérêt c'est aussi d'éviter cet aspect trop régulier, trop lisse qu'on obtient avec des moulages. Vu de près un insecte a plein d'imperfections, de détails incroyables. La sculpture rend ce côté vivant grâce au travail manuel des surfaces. De toutes façons le moule ne résoudrait pas tout : poils, ailes, ocelles, antennes, piquants, etc, autant de détails qui se surajoutent au travail.

maculinea

Le pelage de ce maculinea arion est fait de poils de fourrure synthétique, collés presque un par un, et ensuite, passage chez le coiffeur !.

 

chenille03

Le travail au miroir, bien pratique pour ne pas se tromper dans la symétrie des motifs très compliqués de la chenille du papillio hospiton.

 

J'avais participé au festval de l'OPIE, à Prades, il y a quelques années. A mon stand, où j'exposais mes bestioles, un monsieur barbu, très comme il faut,  observe mon tarvail. Il se présente : Dr. George C.McGavin assistant Curator du Musée universitaire d'entomologique d'Oxford. Trois ou quatre ans plus tard je le vois à la télé crapahuter à plat ventre dans la jungle à la recherche d'une araignée qu'il a nouvellement découverte. Aussitôt je lui envoie un message pour témoigner. Il me répond comme si on s'était quitté d'hier : "Ao, c'est quelle émission ?"

 

Qui a dit que les enfants avaient peur des grosses bestioles ? Quand mes jumeaux sont nés, ils avaient sous les yeux, tous les jours, ma première pièce, la mante religieuse de deux mètres vingt de haut. Le jour où j'ai été obligé de la ranger pour faire de la place, ils étaient furieux. C'était devenu leur mascotte. Même pas peur !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :